GUIDE DE LA DEFENSE

Le CNIT, une cathédrale pour l’ère atomique

Si un monument devrait être retenu pour la France d’après-guerre, ce serait le CNIT. L’ancêtre de tous les édifices de la Défense a vu le jour au milieu des années 50, des années avant que le destin de quartier d’affaire de la colline ne soit scellé. Inauguré par le Président René Coty en 1958, la voûte de béton la plus surprenante du monde a pulvérisé tous les records. Un toit de béton incroyablement fin couvre la surface de la place de la Concorde, a époustouflé la Presse. La voute en éventail de l’ère atomique a provoqué des réactions plus qu’enthousiastes: « Un monument de la foi, un édifice inoxydable » pour le Monde, « la plus belle voute du monde » pour le Figaro… Et André Malraux, écrivain et ministre de la culture, de rajouter: « Depuis les grandes cathédrales gothiques, on n’a rien fait de semblable » !

Si la première décennie sera à la hauteur, et le CNIT abritera quelques uns des plus grands salons mondiaux, remplaçant ainsi le Grand Palais comme centre d’exposition de Paris, les années 70 vont littéralement faire couler le bâtiment. Après avoir célébré une ode à la société de consommation avec Mecanelec et les Arts Ménagers, ou encore l’art florale avec avec les Floralies Internationales inaugurées par le Général de Gaulle et la Reine-Mère en 1959, et même une incroyable messe de 100 000 personnes avec Charles Trenet, Tino Rossi et Duke Ellington en 1960, la nouvelle cathédrale va doucement sombrer dans l’oubli. De nouveaux halls d’exposition, comme ceux de la Porte de Versailles ou de Villepinte, vont emmener les salon ailleurs. Et plus encore, la poursuite de la construction du quartier d’affaire, selon les préceptes de Le Corbusier et de la ségrégation des piétons et des transports, aboutiront à la construction de la Dalle qui, en séparant les humains des voitures, avalera les premiers étages du CNIT.

Une rénovation assez mièvre dans les années 80 verra l’installation de bureaux et d’un hôtel de luxe aux plafonds très bas, jusqu’à ce que les nouveaux propriétaires du CNIT, Unibail-Rodamco, se lancent dans une nouvelle restauration, brisant la gangue de ciment qui emprisonnait les pieds du CNIT et lui rendant son volume original. A l’intérieur, une toute nouvelle organisation offrait des bureaux et des boutiques -dont la FNAC- dans un nouvel environnement vaste et baigné de lumière. Et soudain, l’immense voute réapparue.

Aujourd’hui, le CNIT est au paysage de la Défense ce qu’est Notre-Dame au ciel de Paris, et alors que des milliers de Businessmen bourdonnent autour ou dans son centre commercial en ignorant l’incroyable aventure architecturale qu’il représente, tous sentent diffusément son exception monumentale… Et vous, y serez-vous sensible ?